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14,55 % de chômage. Le taux, dévoilé ce jeudi lors de la publication des chiffres trimestriels de l’emploi de l’Institut national de statistiques (INE), pourrait sembler un piètre résultat dans de nombreux pays européens. Mais en Espagne, c’est le témoin d’une baisse spectaculaire et quasi ininterrompue au cours des cinq dernières années, depuis que le taux de sans-emploi atteignit le niveau record de 26,94 %, au premier trimestre 2013. Une évolution que les spécialistes expliquent surtout par la modération salariale encouragée par les pouvoirs publics et l’amélioration très sensible de la croissance espagnole tirée par les exportations.

Pour Rafael Pampillon, directeur d’analyse économique à l’IE Business School, la réduction ou la modération des salaires est le premier facteur. «   Comme sur n’importe quel autre marché, lorsqu’il y a un excès d’offre, les prix doivent baisser pour absorber le stock. Les réformes ont permis aux entreprises de fixer les salaires en dehors des conventions collectives », explique-t-il. Résultat, les salaires ont stagné, les entreprises ont été plus compétitives et ont pu réembaucher.

Florentino Felgueroso, spécialiste du marché du travail au think-tank Fedea, complète cette analyse : « En réalité, le salaire à l’heure n’a pas baissé, ce qui a diminué, c’est le temps de travail annuel. Le problème est qu’il y a des gens qui travaillent, mais qui n’accumulent pas assez d’heures pour obtenir un revenu et des cotisations suffisants. » L’Espagne est devenue le pays de l’Union européenne où le taux de travailleurs pauvres est le plus élevé : selon l’OCDE, 14,8 % des ménages dans lesquels au moins un membre a un travail sont sous le seuil de pauvreté. Au sein de l’OCDE, seule la Turquie fait pire, avec 15,3 %.

Pour Felgueroso, « la réforme du gouvernement de Mariano Rajoy a eu un effet significatif sur l’emploi, mais elle a penché clairement du côté de l’entreprise et de la flexibilité plutôt que du côté du salarié et de sa sécurité » . Bilan aujourd’hui : entre 25 et 33 % des contrats signés chaque mois ont une durée inférieure ou égale à une semaine. Avant la crise, on était autour de 10 %. L’économiste précise toutefois que la précarisation de l’emploi était une tendance déjà observable avant la réforme du marché du travail.

À cela s’ajoute un facteur émigration. De nombreux chômeurs, espagnols ou étrangers, ont quitté le pays pour chercher un travail en dehors de nos frontières. La population active s’élevait à 23,3 millions de personnes en 2008, elle est aujourd’hui de 22,8 millions. Du reste, liée en partie à la modération salariale, l’excellente santé des entreprises espagnoles à l’étranger a également favorisé l’emploi. En 2008, les exportations de biens et services représentaient 23 % de notre PIB. Ce taux s’élève aujourd’hui à 34 %. « Au-delà du tourisme, l’export de services non touristiques s’est également développé : la gestion des aéroports, le conseil aux entreprises, les télécommunications, l’électricité ou les banques, par exemple  », détaille Rafael Pampillon.

Aujourd’hui, le débat porte sur le salaire minimum. Un accord entre le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez et le parti Podemos (gauche radicale) prévoit de faire passer le smic local de 736 euros par mois (en 14 mensualités, comme c’est l’habitude en Espagne) à 900 euros en 2019 puis 1 000 euros en 2020. Les organisations patronales sont vent debout contre une augmentation qu’elles jugent disproportionnée, tandis que les syndicats y voient un rattrapage des années de disette et du différentiel avec leurs voisins européens. Pour Felgueroso, « le problème n’est pas tant le futur niveau du smic que la rapidité avec laquelle il doit augmenter. Cela peut représenter un choc pour les entreprises ». Avec le risque d’un nivellement des salaires par le bas : «  Aujourd’hui seuls 2 % des salariés sont payés au salaire minimum. Avec un smic à 1 000 euros, ce taux de couverture pourrait atteindre les 12 % .  »

Fuente: Mathieu de Taillac. “Plus de flexibilité et un regain de compétitivité ont dopé le mar ché du travail espagnol“. Le Figaro, FIGARO ECONOMIE. 26 October 2018 

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